Trop d’Etat-providence tue la providence

Matthieu Capeillère

Matthieu Capeillère

Depuis l’après-guerre et les trente glorieuses, s’est développé en France l’Etat-providence. Répondant à un besoin de sécurité des Français, notre chère République nous assiste maintenant de notre naissance à notre mort, que ce soit à l’école, pour notre famille ou pour notre santé. Cela à grand coup de milliards d’euro et de plus en plus à crédit.

la santé n’a pas de prix

Notre système de santé, qui n’existe nulle part ailleurs, permet d’être soigné de tout, partout et à n’importe quelle heure. Mais depuis quelques décennies, le tiers-payant, la gratuité des secours et surtout l’exigence des Français le mettent en péril et la moindre réforme déclenche un véritable incendie. Les Français sont attachés plus que jamais à ce que la santé reste dans le giron de l’Etat et couvre tous leurs besoins, car « la santé n’a pas de prix ».

Dans le giron de l’Etat ? Que penser alors de la loi Le Roux qui permet la création de réseaux fermés par les complémentaires et qui, au final, cède la santé aux sociétés privées ? Que penser du baromètre 2014 réalisé par le cabinet Deloitte (Figaro du 5/03/14) qui montre que 50 % d’entre nous sont prêts à souscrire une sur-complémentaire pour être mieux remboursés ? Cela révèle une incohérence chez nos concitoyens qui désirent que le système reste au main de l’Etat tout en étant assurés afin que tous leurs frais soient intégralement remboursés. Ils n’imaginent pas que cette situation entraînera à terme une augmentation considérable de leurs propres cotisations.

l’Etat est trop généreux…

La santé n’a pas de prix ? Didier Migaud, premier Président de la Cour des Comptes, rabâche pourtant toute l’année à nos gouvernants que l’Etat est trop généreux avec ses administrés, qu’il ne les contrôle pas assez et qu’il ne tire pas les conséquences de sa politique de santé. L’état doit enfin prendre ses responsabilités en réformant l’hôpital, en limitant à l’essentiel le système inflationniste du tiers-payant, en mettant en place des franchises plus dissuasives, et enfin en contrôlant Couverture maladie universelle et Aide médicale d’Etat, ainsi que les professionnels de santé. Car ne nous leurrons pas, nous ne sommes pas des saints !

Les professionnels de santé, des Français comme les autres ? Sur le site internet de la Plateforme d’appui aux professionnels de santé (PAPS), les professionnels peuvent trouver la liste des aides et subventions auxquelles ils peuvent prétendre. L’Agence Régionale de Santé souhaitait même, à leur demande, éditer une brochure simplifiée ! Finalement, on s’aperçoit que certains cherchent à s’installer non plus en fonction de l’environnement professionnel (qualité des locaux, de l’équipe, du cadre de vie) mais du lieu qui leur permettra de ne pas rater le moindre euro de subventions…

L’Etat providence sera bientôt remis en cause en raison de son coût, même si le peuple en veut toujours plus. Et à trop goûter au sein nourricier de l’état providence, le sevrage risque d’être très difficile !

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