Vaccination Covid-19 : 25 questions-réponses pour informer au mieux sa patientèle

MISE À JOUR : 23/02/21

Tandis que la campagne de vaccination contre la Covid-19 a débuté fin Décembre en région Auvergne Rhône-Alpes, force est de constater qu’elle génère beaucoup de questions, que plusieurs de vos patients pourraient vouloir partager avec vous.
En tant qu’acteur de prévention et de proximité, il appartient au kinésithérapeute d’informer au mieux sa patientèle, afin de lui permettre de prendre des décisions éclairées pour sa santé.
C’est en ce sens que l’URPS MK ARA vous propose un récapitulatif des dernières connaissances relatives à la vaccination contre la Covid-19, analysées et synthétisée par la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française au 15 février 2021. 

Pour prendre connaissance du texte intégral de la SPILF, cliquez ici.

Le CPias Auvergne Rhône-Alpes a également élaboré une fiche illustrée reprenant les principales informations relatives à l’infection virale, la réponse immunitaire et les vaccins : Fiche Vaccination CPIAS ARA V12.02.21

Élaboration et fonctionnement des vaccins contre la Covid-19

1. Quel est le principe des vaccins contre la Covid-19 ?

Leur principe est de permettre au système immunitaire de déclencher une réponse immune spécifique contre le SARS-CoV-2 et de le neutraliser avant qu’il n’ait le temps de développer la maladie Covid-19 (ou d’en atténuer les conséquences).

La majorité des vaccins en développement ciblent la protéine spike du virus (aussi appelée « protéine spicule » ou « protéine S »). Cette protéine est située à la surface de l’enveloppe du SARS-CoV-2 et lui permet de se fixer à un récepteur cellulaire puis de pénétrer dans les cellules : son rôle dans l’infection est donc central. Diverses études ont montré que déclencher des anticorps contre cette protéine permettait de protéger contre l’infection : elle est donc la cible de la plupart des vaccins développés en 2020.

2. Quels sont les différents types de vaccins contre la Covid-19 ?

Différentes technologies vaccinales sont utilisées comme vaccins contre la Covid-19. Elles sont de 2 types :

  • Les vaccins basés sur le virus entier (vaccins développés par les entreprises Sinovac, Sinopharm et Valvena) ou le virus atténué ( vaccin développé par Codegenix)
  • Les vaccins basés sur une protéine virale (ici protéine S) ou partie de la protéine. Il s’agit des vaccins protéiques, des vaccins à acide nucléique et des vaccins vecteurs viraux. Certains sont basés sur la protéine (ou partie) non modifiée (ex. vaccin développé par Oxford-AstraZeneca). Les autres sont basés sur la protéine modifiée dans sa forme pré-fusion (ex : vaccins développés par Moderna ou par Pfizer-BioNTech)

3. Les vaccins anti-Covid-19 contiennent-ils des adjuvants ?

Les vaccins vivants, les vaccins à ARN et les vaccins vectorisés viraux ne contiennent pas d’adjuvant, leur nature même permettant de stimuler le système immunitaire de manière satisfaisante. Les vaccins qui nécessitent l’utilisation d’adjuvant sont les vaccins inactivés et les vaccins protéiques.

4. Les vaccins à ARN peuvent-ils modifier nos gènes ?

Non. Lors de la synthèse protéique, l’information circule dans le sens ADN→ARN→protéine. Il n’y pas dans notre organisme d’enzyme permettant d’inverser ce sens. Ainsi, les vaccins ARNm ne peuvent pas modifier nos gènes (qui eux sont sous forme d’ADN).

5. Quel recul a-t-on sur la technologie des vaccins à ARNm ?

Il n’existait jusqu’à aujourd’hui aucun vaccin à ARNm homologué. Cependant, les chercheurs y travaillent depuis plus de 20 ans. Cette technologie a fait l’objet d’améliorations continues, qui ont largement contribué à sa sûreté. Des vaccins à ARNm ont été testés chez l’être humain contre le virus Zika, les virus de la grippe et de la rage, et le cytomégalovirus, avec de l’ordre de 600 participants inclus dans ces essais.

6. Pourquoi a-t-il suffi d’une année pour que les vaccins anti-Covid-19 soient développés et bénéficient d’une autorisation conditionnelle de mise sur le marché ?

A/Parce que l’agent causal a été rapidement caractérisé et s’est révélé relativement stable : Dès le 10 janvier 2020, la séquence virale complète était rendue publique. Bien qu’il soit un virus à ARN, le SARS-Cov-2 est plus stable que la grippe ou le VIH par exemple. De ce fait, les vaccins développés à partir de séquences de virus isolés en janvier 2020 étaient toujours valides en décembre 2020.

B/Parce qu’on disposait déjà de connaissances sur l’immunité anti-coronavirus : L’immunité contre les coronavirus avait été largement étudiée à l’occasion des alertes de 2002-2003 (émergence du SARS-CoV en Chine) et 2012 (émergence du MERS-CoV en Arabie Saoudite). Dès la séquence du génome du SARS-CoV-2 publiée, il a suffi de quelques jours pour produire l’ARN correspondant à la protéine S. Enfin, les essais rapidement menés chez l’animal ont confirmé qu’il était assez simple de déclencher une réponse immunitaire efficace contre le SARS-CoV-2.

C/Parce que les recherches antérieures déjà très poussées ont permis l’utilisation de plateformes vaccinale innovantes. Ces plateformes sont identifiées comme les plus intéressantes pour la mise au point de vaccins contre une maladie infectieuse émergente, car permettant d’élaborer rapidement le candidat-vaccin après identification de l’agent infectieux en cause.

D/Parce qu’un effort scientifique et financier sans précédent a été déployé
La mobilisation des équipes de recherche et des États et la création de partenariats public-privé ont facilité et accéléré le développement, la fabrication et la distribution des vaccins.

E/Parce que les essais cliniques ont été menés en un temps record
Les volontaires ont été rapidement recrutés et les objectifs quantitatifs de cas de Covid-10 rapidement atteints. Sans être dégradés, les processus de collecte et d’analyse des données et de vérification des vaccins ont été considérablement accelérés.

Efficacité des vaccins contre la Covid-19

7. Quelle est l’efficacité des vaccins à ARNm de Pfizer-BioNTech et de Moderna ?

Les preuves d’efficacité de ces vaccins proviennent de deux vastes essais cliniques de phase 3 randomisés, en double aveugle et avec un groupe placebo, c’est-à-dire procurant le plus haut niveau de preuve scientifique. Ces deux essais (l’un de 43000 participants environ, l’autre de 30000 participants environs) montrent une efficacité de 94%. Concrètement, pour le vaccin Pfizer-BioNTech, les résultats ont porté sur 170 cas de Covid-19 symptomatiques : 8 cas sont survenus dans le groupe des volontaires vaccinés contre 162 cas dans le groupe placebo ; pour le vaccin Moderna, sur 196 cas de Covid-19 symptomatiques, 11 sont survenus dans le groupe des volontaires vaccinés contre 185 cas dans le groupe placebo. Cette efficacité ne variait pas dans différentes les catégories d’âge et de sexe, et chez les personnes souffrant de problèmes médicaux sous-jacents, ainsi que chez les participants ayant eu une infection antérieure par le SARS-CoV-2 (ceux qui avaient une sérologie positive à l’inclusion) ; d’autres résultats permettront de préciser encore davantage si cette efficacité varie dans différents groupes de personnes.

8. Quelle est l’efficacité du vaccin d’AstraZeneca ?

L’efficacité vaccinale globale rapportée dans l’analyse intermédiaire sur 12 000 participants environ, jugée sur la prévention des cas de Covid-19 symptomatiques survenant au moins 14 jours après la seconde dose de vaccin, a été estimée à 70 % (IC95% 55-81). Dans le sous-groupe de volontaires inclus au Royaume-Uni et n’ayant reçu par erreur qu’une demi-dose de vaccin pour la première injection l’efficacité vaccinale a été estimée à 90 %. Du fait de l’âge de la population incluse dans les essais de phase 3 du vaccin d’AstraZeneca, la HAS recommande de n’utiliser actuellement ce vaccin que chez les personnes de moins de 65 ans, en commençant par les professionnels du secteur de la santé ou du médico-social (quel que soit leur âge) et les personnes âgées de 50 à 64 ans et qui présentent des comorbidités. Les personnes âgées de 65 ans et plus devraient être vaccinées par un vaccin à ARN.

9. Les vaccins à ARN et le vaccin d’AstraZeneca sont-ils efficaces dès la première dose ?

Dans les études démontrant l’efficacité des vaccins à ARNm, les schémas comprenaient 2 doses administrées à un intervalle de 3 ou 4 semaines. Les tensions d’approvisionnement, l’apparition de variants plus transmissibles et l’orientation des recommandations d’autres pays, rendent la question d’actualité.

Le principal argument contre l’augmentation de l’intervalle entre les 2 doses vaccinales (a fortiori contre l’utilisation d’une seule dose) est le fait que la réponse immunitaire humorale est 10 à 100 fois supérieure après la 2nde dose laissant augurer d’une protection plus prolongée, d’un effet supérieur sur la transmission, et possiblement d’une action plus marquée contre les variants.

A l’inverse, les arguments en faveur de la réalisation en début de campagne vaccinale d’une seule dose sont la bonne efficacité dès la première dose, non significativement inférieure à celle de deux doses et, face à l’urgence épidémique, l’intérêt que constitue la possibilité de vacciner deux fois plus de personnes dans les premiers temps de la campagne. Deux éléments sont venus conforter ces arguments : l’efficacité sur le terrain du vaccin Pfizer en Israël dès la première dose et celle des vaccins de Johnson&Johnson/Janssen et de Gamaleya après une dose (quoiqu’il ne s’agisse pas de vaccins à ARNm).
Pour l’instant le choix de la France et de la majorité des pays européens est de maintenir un schéma à 2 doses.

10. Les mutations du virus (variants…) impactent-elles l’efficacité des vaccins ?

Ce n’était pas le cas avec la plupart des mutations identifiées au cours de la première année de pandémie. Depuis, il s’agit d’une crainte réelle. Le variant détecté en décembre 2020 au Royaume-Uni possède un nombre élevé de mutations par rapport à la souche de référence, dont une mutation modifiant un acide aminé de la protéine S. Le variant détecté en Afrique du Sud et celui circulant dans le Nord du Brésil comportent entre autres, cette même mutation.

Pfizer-BioNTech et Moderna ont annoncé que le sérum de volontaires vaccinés par leur vaccin respectif avait une activité neutralisante équivalente sur un pseudo-virus comportant les mutations du variant émergeant du Royaume-Uni par rapport au virus de référence, tandis que des travaux montrent que d’autres mutations réduisent significativement la reconnaissance d’une partie de la protéine S par les sérums de convalescents. Le laboratoire Moderna a annoncé que les titres neutralisants du sérum de volontaires vaccinés par leur vaccin étaient 6 fois inférieurs contre le variant détecté en Afrique du Sud par rapport à la souche de référence, mais conservaient néanmoins des titres supérieurs aux niveaux considérés comme protecteurs.

La technologie des vaccins à ARNm étant compatible avec un développement rapide, des nouvelles versions du vaccin, incorporant une ou plusieurs séquence(s) de variant(s), pourraient être élaborées en 8 semaines environ.

Nombre d’injections, fréquence

11. Quel délai respecter entre les 2 injections du vaccin Pfizer-BioNTech et Moderna?

Le schéma vaccinal de Pfizer-BioNTech comporte 2 doses (30 μg, 0,3 ml chacune) administrées par voie intramusculaire, à 21 jours d’intervalle.

Pour le vaccin de Moderna, il s’agit de 2 doses (100 μg, 0,5 ml) administrées par voie intramusculaire à 28 jours d’intervalle.

Concernant la possibilité d’une administration plus tardive de la 2nde dose du vaccin de Pfizer-BioNTech, l’ANSM a émis le 07 janvier l’autorisation, puis la HAS le 22 janvier la recommandation de reporter la 2nde vaccination jusqu’à J42 afin d’élargir la couverture vaccinale à 1 dose parmi les populations cibles, en contexte contraint.

En l’absence de données formelles à ce jour sur la durée de la protection conférée par la 1ère dose du vaccin et compte tenu du risque que la seule 1ère dose ne permette pas le développement d’une réaction immunitaire suffisante face aux variants émergents, le ministre de la santé a finalement annoncé le 26 janvier que la 2nde dose devait être administrée entre J21 et J28.

En pratique, si l’intervalle recommandé entre les deux doses était dépassé, la deuxième dose doit être administrée dès que possible, sans qu’il y ait besoin de faire en tout plus que 2 doses.

12. Devra-t-on se faire vacciner tous les ans comme pour la grippe ?

Il apparait peu probable que les différentes mesures de distanciation et la vaccination éliminent complètement la circulation du SARS-CoV-2. L’obtention d’une immunité de longue durée dans la proportion la plus élevée possible de la population est nécessaire afin que cette circulation soit la moins délétère. Rentreront en compte :

  • La durée de l’immunité post-vaccinale ou post-infectieuse qui n’est pas connue, même si les données disponibles avec le recul actuel font penser qu’elle s’étendra au-delà de 6 mois ; en fonction de la durée de persistance des anticorps neutralisants et de la cinétique de montée des titres anticorps lors d’une nouvelle exposition via la mémoire B, des rappels vaccinaux pourraient être nécessaires à un rythme encore à définir.
  • Par ailleurs, si le virus acquiert des mutations lui permettant de ne plus être reconnu par la réponse immune post-vaccinale ou post-infectieuse, et si l’épidémie n’a pu être maîtrisée, alors il pourra être nécessaire de se vacciner régulièrement avec un vaccin adapté à d’éventuels variants qui auraient échappé au système immunitaire.

Immunité acquise

13. Peut-il y avoir des effets indésirables graves avec les vaccins à ARNm ?

Il faut distinguer les « événements » indésirables graves, dont on ne sait pas s’ils ont un lien avec le vaccin, des « effets » indésirables pour lesquels on pense qu’il y a un lien de cause effet entre le vaccin et la survenue du problème médical (et pas seulement un lien chronologique).

Dans l’essai de phase 2/3 du vaccin de Pfizer-BioNTech, la fréquence des événements indésirables graves n’est pas supérieure dans le groupe « vaccin » par rapport au groupe « placebo » (0,6 % dans le groupe des vaccinés, 0,5 % dans le groupe ayant reçu le placebo). C’est la même chose dans l’essai Moderna (1 % dans les deux groupes). La plupart de ces événements ont été considérés par les investigateurs comme non liés au vaccin (appendicites, cholécystites, infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux etc.).

De très rares événements graves ont par contre été considérés par les investigateurs comme liés à la vaccination. Dans l’essai de Pfizer-BioNTech, il s’agissait d’une lésion à l’épaule (par injection par erreur du vaccin en intra-articulaire ?), une arythmie ventriculaire pendant 8 jours, et une adénomégalie axillaire (sur les 19 000 participants ayant reçu le vaccin). Aucune réaction anaphylactique grave n’a été rapportée à la vaccination dans les essais de Pfizer-BioNTech et Moderna, mais les personnes ayant des antecedents allergiques graves ne sont pas inclus dans les essais.

Hors essais cliniques, plusieurs cas de « réactions allergiques graves immédiates » ont été rapportés dans la presse depuis le début des campagnes de vaccination en Grande Bretagne ; certaines des personnes concernées étaient déjà connues pour avoir un terrain d’allergie. Aux États-Unis, les CDC ont identifié 6 cas d’anaphylaxie d’évolution favorable au 18/12/2020 pour 272 000 doses administrées. L’accident anaphylactique s’est résolu chez toutes ces personnes.

Les données accumulées sont donc rassurantes et le rapport bénéfice/risque est très nettement en faveur de la vaccination pour les populations chez lesquelles elle est recommandée.

Couverture vaccinale

14. En atteignant un certain seuil de couverture vaccinale, limitera-t-on la circulation de la maladie ?

Au cours des premières phases de la campagne de vaccination, l’objectif est de protéger les personnes à risque de complications pour éviter les décès et les hospitalisations. Avant l’émergence des « variants » actuels du virus, il était envisagé que l’immunité de groupe pourrait être atteinte lorsqu’environ 60% de la population serait immunisée. L’émergence de variants plus transmissibles risque de conduire à devoir augmenter la proportion de personnes immunisées nécessaires pour obtenir l’effet de groupe. Cet effet de groupe permettrait de protéger indirectement les personnes qui ne peuvent pas être vaccinées, voire permettre l’interruption de l’épidémie. A ce stade , les données concernant cet effet de la vaccination nécessitent d’être consolidées.

Effets secondaires des vaccins contre la Covid-19 évènements indésirables

15. Les vaccins Covid-19 peuvent-ils rendre les femmes stériles ?

Non, les vaccins anti-infectieux ne peuvent pas rendre les femmes stériles. Il n’y a aucune possibilité qu’un virus à ARN codant pour une protéine virale puisse entrainer la production d’anticorps contre des protéines humaines (comme la syncitine-1 certains l’avaient évoqué).

16. Quels ont été les effets indésirables graves avec les vaccins à ARN et le vaccin d’AstraZeneca ?

Dans les essais de phase 3 des vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna, la fréquence des événements indésirables graves n’était pas supérieure dans le groupe vacciné par rapport au groupe placebo.

De très rares événements graves ont par contre été considérés par les investigateurs comme liés à la vaccination. Dans l’essai de Pfizer-BioNTech (19 000 participants vaccinés) il s’agissait d’un cas de lésion à l’épaule (par injection par erreur du vaccin en intra-articulaire ?), une arythmie ventriculaire pendant 8 jours, et une adénomégalie axillaire. Dans l’essai de Moderna (15 000 vaccinés), il s’agissait d’un cas de vomissements importants, de 2 cas de gonflement transitoire du visage, et d’un cas de polyarthrite rhumatoïde. Aucune réaction anaphylactique grave n’a été rapportée à la vaccination dans ces essais, mais les personnes ayant des antécédents allergiques graves n’étaient pas incluses. Dans les essais de phase 3 d’AstraZeneca (12 000 participants), 1 cas de myélite transverse a été jugé possiblement lié au vaccin.
Depuis la mise sur le marché et le début des campagnes de vaccination au Royaume-Uni, plusieurs cas de « réactions allergiques graves immédiates » ont été rapportés ; certaines des personnes concernées étaient déjà connues pour avoir un terrain d’allergie. Aux États-Unis, au 18/01/2021, les CDC ont identifié parmi les événements indésirables déclarés au VAERS (Vaccine Adverse Event Reporting System) 47 et 19 cas d’anaphylaxie pour environ 10 millions et 7,5 millions de doses de vaccin de Pfizer-BioNTech et Moderna administrées, respectivement, soit une fréquence de survenue de 4,7 et 2,5 par million de vaccinés. Plus de 90 % des événements ont concerné des femmes et un tiers environ 19 avaient un antécédent d’anaphylaxie. Le délai médian entre l’injection du vaccin et la survenue des symptômes était 10 minutes. Les premières données de pharmacovigilance française font état de 4 cas d’anaphylaxie grave pour environ 950 000 doses.

Les données accumulées sont donc rassurantes et le rapport bénéfice/risque est très nettement en faveur de la vaccination pour les populations chez lesquelles elle est recommandée. Il faut rappeler que le taux de létalité de l’infection à SARS-CoV-2 est estimé à 0,5-1,4 %, et dépasse 10 % après 70 ans.

17. Les femmes enceintes pourront-elles se faire vacciner ?

Se basant sur le fonctionnement des vaccins à ARNm, les experts estiment qu’il est très peu probable que ces vaccins présentent un risque pour les femmes enceintes. Les premières études de tératogénicité sur les animaux montrent l’absence d’effet sur le développement embryonnaire et foetal et l’absence d’effet sur la reproduction ; des études sur les femmes enceintes sont prévues.

Dans les essais cliniques des vaccins à ARNm de Pfizer-BioNTech et Moderna, 23 et 13 grossesses inattendues ont eu lieu respectivement, autant dans le groupe des participants vaccinés que dans le groupe recevant le placebo. Aucun événement indésirable n’est survenu chez les femmes enceintes.

En attendant les résultats des études, la vaccination n’est néanmoins pas proposée aux femmes enceintes sauf si les bénéfices l’emportent sur les risques potentiels pour la mère et le foetus.

Cas de Grossesse, Allergies, Comorbidités

18. Les personnes atteintes d’une maladie auto-immune ou dysimmunitaire et les personnes immunodéprimées peuvent-elles recevoir un vaccin à ARNm ou AstraZeneca?

Il existe une hypothèse selon laquelle cette réponse inflammatoire pourrait être délétère chez certains individus ayant un terrain les prédisposant aux réactions inflammatoires, voire aux maladies auto-immunes ; à ce jour, ce risque n’est que théorique et cela n’a jamais été observé avec aucun vaccin.
Pour ce qui concerne les personnes immuno-déprimées, des essais cliniques et des études de cohorte sont en cours ou à venir afin de mieux préciser l’immunogénicité et la tolérance des vaccins disponibles en France dans les catégories de personnes à risque d’une moindre réponse immunitaire, y compris chez les personnes très âgées.

A priori, ces situations ne constituent pas une contre-indication à la réalisation d’un vaccin à acide nucléique ou d’un vaccin vectorisé viral non réplicatif (tel que le vaccin d’AstraZeneca) puisqu’ils sont dénués de pouvoir infectieux. Dans certaines situations, il peut être raisonnable de décaler la vaccination chez les individus en poussée de leur maladie auto-immune. La plupart des immunodépressions et des traitements immunosuppresseurs risquent par contre d’impacter négativement l’efficacité des vaccins pour les réponses immunitaires à la fois humorales et cellulaires.

19. Les femmes enceintes peuvent-elles recevoir un vaccin anti Covid-19 à ARN ou AstraZeneca ?

Les vaccins à ARNm et le vaccin d’AstraZeneca contre la Covid-19 étant dépourvus de pouvoir infectieux, il n’y a pas lieu de craindre une infection maternelle ou foeto-embryonnaire liée au vaccin lors d’une injection en cours de grossesse.
Dans les essais cliniques des vaccins à ARN de Pfizer-BioNTech et Moderna, les femmes enceintes étant exclues mais 23 et 13 grossesses ont eu lieu respectivement, autant dans le groupe des participants vaccinés que dans le groupe recevant le placebo. Aucun événement indésirable n’est survenu chez les femmes enceintes.
Compte tenu des données disponibles, le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT) en France et l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) considèrent que la vaccination par les vaccins à ARNm est possible en cours de grossesse, a fortiori s’il existe des facteurs de risque exposant la femme enceinte à une forme sévère de la maladie.
De principe et dans la mesure du possible, il est préférable de vacciner après 10 semaines d’aménorrhée. Si une femme enceinte a mal toléré sa première dose de vaccin, quel que soit le vaccin, il est conseillé de différer la deuxième dose après la fin de la grossesse, en concertation avec son médecin ou sa sage-femme. Si une première dose a été administrée alors que la grossesse était encore méconnue, il n’existe aucun élément inquiétant à ce jour pour la mère et pour l’enfant à naitre, quel que soit le vaccin. Si la première dose a été bien tolérée, le schéma vaccinal peut être normalement poursuivi. Enfin, Il n’y a aucun délai à respecter entre une vaccination contre la Covid-19 et le début d’une grossesse.

20. Y a-t-il un danger et faut-il vacciner quelqu’un qui a déjà eu la Covid-19 ou qui a été infecté par le SARS-Cov-2 sans le savoir ?

En ce qui concerne le risque d’une vaccination d’une personne ayant déjà eu une infection apr le SARS-CoV-2, les essais cliniques de phase 3 de Pfizer-BioNTech et Moderna ne comportent pas de données suffisantes à ce sujet (des personnes dont la sérologie témoignaient d‘une infection antérieure ont été incluses, mais elles étaient peu nombreuses). Le risque même théorique chez ces personnes apparait cependant très faible.

En ce qui concerne l’intérêt ou non de la vaccination de ces personnes, on dispose actuellement de trop peu de recul sur l’infection. Les durées de protection conférées par l’infection versus par le vaccin sont des paramètres que l’on ne peut qu’extrapoler.

La HAS n’a pas prévu la vaccination systématique des personnes ayant un antécédent de Covid-19 symptomatique mais les personnes ayant un tel antécédent pourront être vaccinées si elles le souhaitent. La vaccination peut être réalisée sans tenir compte des antécédents d’infection asymptomatique par le SARS-CoV-2, et il n’est pas recommandé d’effectuer un test viral ou une sérologie à la recherche d’une infection en cours ou antérieure par le SARS-CoV-2.

21. Les personnes allergiques peuvent-elles se faire vacciner avec le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech ?

La vaccination est contre-indiquée aux personnes ayant des antécédents d’hypersensibilité à l’un des composants du vaccin, en particulier au PEG, ou qui ont un antécédent d’allergie au polysorbate (risque d’allergie croisée avec le PEG contenu dans le vaccin).

Au vu des données rassurantes depuis le lancement de la campagne à l’échelle mondiale, la Fédération française d’allergologie a recommandé que les antécédents d’allergie ou d’anaphylaxie ne constituent pas une contre-indication systématique à cette vaccination. La conduite à tenir devrait tenir compte de la description de l’allergie, de la substance en cause ou potentiellement en cause et des conclusions d’un éventuel bilan allergologique.

En pratique, l’administration d’un vaccin à ARNm doit avoir lieu dans une structure capable de prendre en charge une réaction d’hypersensibilité immédiate grave. Toutes les personnes vaccinées doivent être observées pendant 15 minutes (ou plus selon les antécédents). En cas de réaction allergique grave ou immédiate après la 1ère dose du vaccin, la 2nde est contre-indiquée.

Infection au Covid-19 et vaccin 

22. Y a-t-il un danger à vacciner quelqu’un qui a déjà eu la Covid-19 ou qui a été infecté par le SARS-Cov-2 de manière asymptomatique ?

Dans les essais cliniques de phase 3 des vaccins de Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca, l’antécédent de Covid-19 était un critère d’exclusion. Une PCR SARS-CoV-2 dans un prélèvement nasopharyngé ou une sérologie positive au screening ne l’étaient par contre pas. Ainsi, plus d’un millier de volontaires qui se sont révélés avoir un antécédent d’infection à SARS-CoV-2 a reçu au moins 1 dose de vaccin au sein de ces essais. Il n’y a pas eu de signal de mauvaise tolérance ni de survenue de cas de Covid-19 sévères dans ce groupe de volontaires, dans la limite de cet effectif. Les premières données de pharmacovigilance ne montrent pas d’incident grave, mais une réactogénicité plus importante a parfois été rapportée. L’intérêt et l’indication à vacciner contre la Covid-19 les personnes récemment exposées ou ayant un antécédent d’infection à SARS-CoV-2 sont traités plus bas.

23. Quel délai respecter entre un antécédent de Covid-19 et la vaccination ?

La Haute Autorité de Santé a recommandé le 12 février 2021 que la vaccination des personnes non immunodéprimées ayant un antécédent à SARS-CoV-2 (symptomatique ou non) ne soit pas réalisée dans les 6 mois ; et qu’elle ne comporte qu’une seule injection vaccinale.

24. La vaccination peut-elle être utilisée en post-exposition ou au cours d’une infection documentée SARS Cov-2 ?

Compte tenu de la période d’incubation de la Covid-19 (5 jours en médiane) et du délai entre la 1ère dose vaccinale et la protection conférée par les vaccins ARN ou le vaccin d’AstraZeneca (2 à 3 semaines), la vaccination ne constitue très probablement pas une stratégie efficace pour prévenir la maladie après une exposition documentée.

  • La HAS recommande que les personnes ayant eu une exposition documentée au SARS-CoV-2 ne soient pas vaccinées avant le résultat du dépistage et la fin de l’éventuelle période de quatorzaine. Chez les sujets contacts ayant un test de dépistage positif, avec ou sans symptômes, avec ou sans sérologie témoignant d’une réponse immunitaire systémique, la HAS recommande que la vaccination soit réalisée de préférence 6 mois après le diagnostic de l’infection, en tout cas pas avant 3 mois, et avec une seule dose. S’il s’agit d’une infection survenant après la 1ère dose du vaccin et avant que la deuxième dose ait eu le temps d’être administrée, la 2nde dose sera repoussée à 6 mois du diagnostic de l’infection.

25. Que se passe-t-il si l’on est exposé au virus après la première injection et avant la deuxième ?

Dans l’étude de phase 3 du vaccin de Pfizer-BioNTech, seuls 39 cas de Covid-19 sont survenus entre la première et la deuxième dose dans le groupe des volontaires vaccinés versus 82 dans groupe placebo, indiquant une protection partielle précoce du vaccin dès 12 jours après la première injection. On a donc une forte chance d’être protégé si l’on est exposé au virus avant la 2e dose mais seule une vaccination complète avec 2 doses vaccinales offre une protection de l’ordre de 95 %.

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