« Tout acte médical qui ne se passe pas bien ne peut pas légitimer des actes de violences » scandait le ministre de la santé, Yannick Neuder, le 20 février dernier. Les agressions envers les professionnels de santé sont un véritable fardeau qui ne cesse de s’alourdir ces dernières années.
Selon l’Observatoire National des Violences en milieu de Santé (ONVS), près de 20 000 signalements sont recensés pour des violences envers des soignants chaque année en France.
Par ailleurs, en 2023, les agressions à l’encontre des professionnels de santé ont augmenté de 23%. En moyenne, 65 professionnels de santé sont victimes de violences en France, chaque jour. Cette moyenne n’est que la partie immergée de l’iceberg, dans la mesure où un nombre encore trop important d’agressions n’est pas signalé.
Ces chiffres sont particulièrement préoccupants. Et cette réalité fragilise considérablement le quotidien des professionnels de santé du territoire.
Injures, menaces, agressions physiques sont toutes les violences qui touchent, chaque jour, toutes les professions de santé, que ce soit en milieu hospitalier, en clinique, à domicile ou en libéral.
Face à cette montée de la violence, il devient indispensable d’agir afin de sensibiliser la population et les professionnels de santé eux-mêmes. Que faut-il faire ? Quelles sont les solutions qui s’offrent aux praticiens ? On fait le point !
Quels sont les 3 types de violence ?
Les violences à l’encontre des professionnels de santé ne sont pas que physiques. Il existe d’autres types de violences. Toutes doivent impérativement être signalées si elles sont subies.
Les violences verbales et psychologiques
Ces violences sont, à ce jour, les plus courantes :
- Insultes
- Menaces
- Humiliation
- Harcèlement…
Ces dernières proviennent aussi bien des patients que des accompagnateurs et notamment la famille. Principalement, ce sont les temps d’attente et les désaccords au niveau des soins fournis qui sont à l’origine de ce type de violences. En 2022, un kiné installé en Île-de-France a reçu des menaces et insultes alors qu’il avait refusé un patient, celui-ci n’ayant pas d’ordonnance médicale en sa possession.
Les agressions physiques
Les coups, les bousculades, les atteintes physiques restent, malheureusement, un type de violence fréquent subi par les professionnels de santé.
En 2022, plus de 25% des agressions déclarées à l’ONVS étaient des agressions physiques. Il est possible de citer certains exemples récents : fin 2024, un médecin libéral installé en Seine-Saint-Denis a été violemment agressé par un patient, pour un litige lié à un remboursement.
Les violences matérielles
Ce type de violence est bien souvent oublié. En effet, beaucoup de professionnels de santé considèrent que les violences matérielles ne peuvent être prises en compte. Pourtant, les dégradations de locaux ou de matériel médical doivent être signalées. Ce type de d’agressions intervient principalement en milieu hospitalier ou dans des cabinets de praticiens libéraux.
Quelles mesures sont prises pour protéger les professionnels de santé ?
Plusieurs actions ont été mises en place afin de faire face à la recrudescence du nombre d’agressions à l’encontre des professionnels de santé.
Mais quelles sont-elles ?
Le plan national de lutte contre les violences
À l’initiative du gouvernement, ce plan national vise à renforcer la sécurité dans les établissements de santé et protéger les professionnels libéraux. Quelles ont été les initiatives instaurées ?
L’accent a tout d’abord été mis sur le renforcement de la sécurité dans les hôpitaux et les cliniques avec une hausse d’agents de sécurité présents. Un numéro d’urgence dédié aux soignants a ensuite été ouvert afin que ces derniers puissent déclarer leurs incidents plus facilement. Enfin, une aide à destination des professionnels libéraux a été créée pour les aider et les accompagner dans l’installation de systèmes de sécurité : boutons d’alerte et caméras de surveillance notamment.
Lancement d’une campagne de sensibilisation à l’initiative du gouvernement
Une campagne de sensibilisation est lancée en décembre 2023. Cette campagne a plusieurs objectifs : celui de la « Tolérance zéro » concernant les violences à l’encontre des professionnels de santé et un accroissement du soutien et de l’accompagnement proposés à ces derniers.
A noter également que le ministère a mis en place une page d’informations dédiée à toutes les démarches qui s’offrent aux professionnels en cas d’agression ainsi qu’un kit de sensibilisation.
L’amélioration de la formation des soignants
Certaines formations dans le milieu médical intègrent dorénavant des modules sur la gestion des conflits et l’apprentissage des gestes à adopter pour faire face à une agression. L’objectif est d’informer les professionnels sur la manière dont ils doivent réagir en cas d’agression, prévenir les situations de conflits et savoir réagir face à ces dernières.
Il existe aujourd’hui de nombreuses alternatives dont peuvent bénéficier les soignants pour appréhender des agressions, et notamment des cours de self-défense permettant d’apprendre à gérer son stress et négocier une situation de crise, d’agressions verbales ou physiques.
Le renforcement des sanctions légales
Depuis 2020, le cadre juridique concernant les agressions à l’encontre des professionnels de santé s’est renforcé, et les sanctions associées se sont intensifiées. Aujourd’hui, une agression physique peut entrainer une peine de 3 ans d’emprisonnement et jusqu’à 45 000€ d’amende (avec un alourdissement des peines prévu en cas de récidive).
Et aujourd’hui, ça en est où ?
Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 14 mars 2024, une proposition de loi visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé est toujours en attente d’examen au Sénat, bloquée depuis près d’un an. Ce texte prévoit un durcissement des sanctions contre les agresseurs, une simplification du dépôt de plainte pour les soignants et des mesures renforcées pour sécuriser les lieux de soins.
En parallèle, le gouvernement avait dévoilé en septembre 2023 un plan d’action avec 42 mesures pour sensibiliser, prévenir et accompagner les victimes. Mais plus d’un an après, la majorité de ces engagements restent lettre morte, freinés par l’instabilité politique – sept ministres de la Santé se sont succédés en 30 mois.
Une inaction que dénoncent les syndicats, pointant un écart croissant entre les annonces officielles et la réalité du terrain, où les agressions continuent de se multiplier.
Que doivent faire les professionnels de santé en cas de violence ?
Signaler l’incident
Il est primordial pour les professionnels de santé de déclarer toute agression, même verbale, aux autorités compétentes. Dès lors, une plainte ou une main courante doit être déposée auprès de la police ou de la gendarmerie. Le professionnel doit également se rapprocher de la direction de l’établissement (si l’agression a eu lieu en milieu hospitalier), de l’ONVS ou de l’ordre professionnel concerné.
Se protéger et adopter les bons réflexes
Face à la multiplication des violences proférées à l’encontre des professionnels de santé, il est nécessaire que ces derniers soient en capacité de réagir en cas d’agression.
En effet, le professionnel doit être en mesure de rester calme et d’avoir des solutions pour désamorcer la situation. Il est également primordial qu’il ne reste pas isolé et qu’il puisse demander de l’aide en cas de besoin. Enfin, l’utilisation de systèmes d’alerte est recommandé, notamment pour les professionnels exerçant en milieu libéral.
Bénéficier d’un accompagnement
En cas d’agression, le professionnel de santé peut avoir recours à un soutien psychologique via des cellules d’aide aux victimes mais peut également bénéficier d’une assistance juridique auprès de l’Ordre de sa profession.
En somme, il est important de se rappeler que les violences envers les professionnels de santé concernent toutes les professions, du médecin hospitalier au kinésithérapeute libéral, en passant par les sage-femmes et les infirmiers. Si les mesures mises en place contribuent à renforcer leur protection, la sensibilisation du grand public reste essentielle pour restaurer un climat de respect et de sécurité au sein des structures de soins et des cabinets libéraux.
Et vous, avez-vous déjà été témoin ou victime de violences dans votre milieu professionnel ? Partagez vos témoignages.